GALLA ET SOMALI


GALLA ET SOMALI
GALLA ET SOMALI

Galla, Somali et Afar ou Danakil occupent les zones arides et semi-désertiques de la région la plus orientale du continent africain, dite «corne de l’Afrique ». Ils sont principalement pasteurs nomades et parlent des langues couchitiques (voir la carte «langues» dans l’art. AFRIQUE NOIRE – Civilisations traditionnelles). Ils ont été désignés du nom de Hamites (ou Chamites), appellation qui inclut aussi les Berbères, les Touareg et les anciens Guanches des Canaries. Ce terme, qui primitivement avait un sens purement linguistique, s’est chargé de connotations culturelles et raciales et recouvre l’image stéréotypée de pasteurs nomades au physique proche de celui des Européens, et, de ce fait, jugés supérieurs aux autres Africains par les premiers explorateurs, ethnocentristes impénitents. S’il est vrai que les Hamites sont différents des peuples bantous, ils sont très certainement, comme eux, d’origine africaine. Toutefois, certains éléments venant d’Arabie se sont mêlés aux Somali.

Les Somali, dont le nombre peut s’estimer en 1992 à près de huit millions, vivent non loin du littoral de la mer Rouge et de l’océan Indien dans la république de Djibouti et dans la république démocratique de Somalie (qui comprend les anciennes colonies anglaise et italienne), ainsi que dans la partie sud-orientale de l’Éthiopie.

Les Galla (ou Oromo), voisins occidentaux des Somali, habitent les hauts plateaux de l’Éthiopie du Sud et du Centre; ils sont environ dix-huit millions.

Histoire

Aux temps préhistoriques, et probablement jusqu’au Xe siècle de notre ère, la corne de l’Afrique n’était peuplée que de chasseurs-récolteurs. On présume qu’a partir du XIe siècle, les agriculteurs de langue bantoue qui avaient atteint l’océan Indien remontèrent vers le nord et s’installèrent en Somalie, dans les vallées du Chebelli et du Juba. Une première vague de Hamites, les Galla, venus du nord-ouest, aurait repoussé la plupart de ces peuples vers le Kenya. Dans le courant du XVIe siècle, les Galla, chassés par d’autres Hamites, les Somali, venus eux aussi du nord-ouest, seraient partis à la conquête des hauts plateaux éthiopiens. Au XIXe siècle, l’arrière-garde galla se trouvait toujours sur le fleuve Juba, en butte aux attaques des Somali, qui finirent par les vaincre et les assimiler. Des agriculteurs bantous, devenus la caste inférieure de tribus somalis, subsistent encore entre les deux fleuves, et ont accueilli parmi eux d’autres Bantous, esclaves libérés.

Somali et Galla seraient donc venus des déserts bordant la mer Rouge. L’ethnologue G. P. Murdock ne partage pas cette opinion. D’après lui, les ancêtres des Afar, Galla et Somali sont originaires des plateaux du sud-est de l’Éthiopie, où ils pratiquaient l’agriculture et l’élevage. Ils auraient adopté, chacun à leur tour, le pastoralisme nomade en descendant des hauts plateaux. Les Afar se dirigèrent vers le nord, les Galla vers l’est et vers le sud, bientôt suivis et pourchassés par les Somali, convertis à l’islam, dès le IXe siècle, dans les ports de Berbera et Zeila.

Selon l’ethnologue allemand E. Haberland, qui confirme partiellement les vues de Murdock, les Galla seraient originaires du plateau de Bali, au sud de l’Éthiopie. Au XVIe siècle, ils ont fait des conquêtes militaires dans toutes les directions: vers le sud jusqu’au fleuve Tana; vers l’ouest jusqu’au Harar, mettant ainsi en péril le royaume chrétien d’Abyssinie. Les migrations gallas sont indépendantes de celles des Somali, et les heurts, spécialement aux environs des deux fleuves de Somalie, n’ont été que le fait de bandes isolées et marginales de ces deux populations.

Économie

L’économie des Galla et des Somali repose avant tout sur un élevage de pasteurs nomades.

Les Galla tiennent en grande estime bovidés et moutons, animaux d’altitude, et méprisent chameaux et chèvres. Ils se nourrissent de lait et de sang prélevé sur l’animal vivant, par incision de la veine jugulaire: cette pratique évite de tuer les bêtes.

Les Somali ont des troupeaux de chameaux, qui leur fournissent lait et viande, et assurent le transport de leurs biens. Au sud, le même rôle est joué par des bœufs de la race zébu (Bos indicus ). Une vingtaine de chameaux ou de bovidés suffisent à nourrir une famille, mais certains pasteurs sont propriétaires de mille animaux, qu’ils louent à des dépendants. Chèvres et moutons à queue grasse complètent les troupeaux. Être propriétaire de chevaux est un signe de rang social, car les gens de caste inférieure n’ont pas le droit d’en posséder.

Les Galla ne chassent pas, ni la classe noble somali. Les Galla des plateaux pratiquent une méthode archaïque d’agriculture sans engrais ni labour, ils cultivent exclusivement de l’orge. Ceux des plaines sont uniquement pasteurs et récolteurs. Les Somali du Sud associent l’agriculture à l’élevage: ils font cultiver par les castes inférieures et les esclaves une espèce de sorgho appelée «durra», des haricots et du maïs.

La côte du nord de la Somalie est connue, depuis l’Antiquité, pour ses résines aromatiques, encens et myrrhe.

Organisation sociale

Organisés en patrilignages exogames, les Galla ont un système de gouvernement fondé sur les classes d’âge, le gada . Tout Galla mâle appartient pour la vie à un groupe de même âge, qui passe par cinq stades successifs, qui durent chacun huit ans, et auquel correspond une conduite socialement déterminée jusque dans les détails. Ainsi les relations sexuelles sont prohibées pendant le premier stade, et autorisées pendant le deuxième. Le mariage ne peut avoir lieu que durant le troisième, où le rôle imposé est celui de guerrier. Le quatrième stade est celui des gouvernants: les hommes de cette classe d’âge remplissent pendant huit ans toutes les fonctions administratives, judiciaires et religieuses. Les titulaires sont choisis démocratiquement, d’après le mérite, mais chaque fonction est réservée à un lignage. Le chef de la classe d’âge élu au cours du deuxième stade, devient chef de la tribu. Arrivés à la dernière phase, les Galla n’ont plus qu’un rôle de conseiller auprès des nouveaux dirigeants.

Les Somali sont organisés en un grand nombre de tribus patrilinéaires qui prétendent chacune remonter à un noble venu d’Arabie: celui-ci, d’après la tradition, aurait épousé la fille d’un chef somali, segmentant ainsi la lignée de ce dernier. Le chef tribal n’agit en tant que tel que lorsque les circonstances l’exigent: ainsi, lorsque plusieurs segments lignagers apparentés s’unissent pour faire la guerre à un ennemi commun, ou pour lui voler du bétail; lorsqu’un homicide a été commis (les liens tribaux favorisant, en ce cas, le règlement des dommages par le paiement d’une compensation à la famille de la victime, de façon à éviter la vengeance). Les tribus sont généralement exogames. Elles agissent en tant qu’unités sur le plan rituel. Toutes les relations sociales s’expriment, chez les Somali, sous une forme généalogique.

Aux tribus de pasteurs somalis nobles s’opposent celles des Sab, méprisés par les premiers, bien qu’elles descendent aussi d’un chef arabe. Cultivateurs, métissés, ils sont dépourvus de solides structures généalogiques. Ils sont installés dans la partie sud de la Somalie, entre les fleuves Chebelli et Juba.

Le mot sab désigne aussi les castes inférieures, gens sans famille, clients des nobles. Forgerons, chasseurs, artisans du cuir, ils sont réputés pour leurs pouvoirs magiques et fabriquent des amulettes. Il leur est interdit de se marier avec des nobles, car ils sont rituellement impurs et ne peuvent posséder ni bétail ni chevaux (ces restrictions s’estompent de nos jours).

Plus bas encore, se trouvaient les esclaves qui appartenaient à leur maître et n’étaient pas, comme les sab , payés pour leur travail. C’étaient en général des gens de langue bantoue, capturés par des marchands arabes et vendus aux Somali. Ce trafic existait encore au lendemain de la Première Guerre mondiale.

Religion

Les Somali sont musulmans, et, plus précisément, adeptes du soufisme. Mais l’ancien fond religieux couchitique est encore décelable, notamment dans la vénération qui entoure les «saints» locaux, qui sont plus proches que le prophète et dont la grâce rayonne sur les disciples.

Les Galla sont païens. Les prêtres de leur religion ne participent pas aux classes d’âge et sont donc permanents. On dit que leur clan est d’origine divine. Ils sont assistés, dans l’exécution des rites, par les forgerons, potiers et tanneurs, castes méprisées. Les Galla ont une conception dualiste de l’univers, ciel et terre étant complémentaires. La pluie est don du ciel, l’herbe don de la terre. Eau et herbe sont évoquées dans toutes les prières de ces pasteurs. Les rites principaux accomplis par les prêtres sont ceux qui marquent le passage d’une classe d’âge à une autre.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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